France Télévisions : « Nous allons tout faire pour garder nos droits sportifs » (Laurent-Eric Le Lay)

News Tank Sport - Paris - Actualité n°427433 - Publié le
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Laurent-Eric Le Lay, le 22/01/2026 - ©  D.R.

« Nous allons tout faire pour garder nos droits sportifs. Nous ne sommes pas dans la surenchère pour prendre les droits de grandes compétitions qui ne sont pas diffusées par France Télévisions. Nous n’allons pas surenchérir pour avoir la Coupe du monde ou l’Euro de football. Ce ne serait pas crédible. Nous n’avons pas les moyens pour le faire et ce n’est pas notre politique », déclare Laurent-Eric Le Lay, directeur des sports de France Télévisions, devant la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public de l’Assemblée nationale, le 22/01/2026.

Le dirigeant est auditionné alors que France Télévisions a récemment cédé, au groupe privé de TV gratuite TF1, les droits de diffusion de neuf matches sur 15 de l’édition 2026 du 6 Nations masculin « à titre exceptionnel » en raison « des très fortes contraintes budgétaires qui s’imposent à l’entreprise en 2026. »

Le groupe public fait face depuis plusieurs mois à des difficultés financières et doit notamment « trouver 150 M€ d’économies en 2026 », comme l’a indiqué Delphine Ernotte Présidente @ Union Européenne de Radio-Télévision • Présidente du conseil d’administration et présidente de France TV Publicité @ France Télévisions • Présidente @ France Télévisions
, présidente du groupe, au quotidien Les Échos le 13/11/2025. France TV doit ainsi réaliser 15 M€ d’économies sur son budget sport, confirmait Stéphane Sitbon-Gomez le 15/01/2026.

« Nous essayons de garder les droits que nous avons : les Jeux Olympiques, le 6 Nations, Roland-Garros, etc. J’espère sincèrement, appel d’offres après appel d’offres, que nous arriverons à trouver avec les organisateurs de ces événements les conditions d’une collaboration qui puisse se poursuivre », ajoute Laurent-Eric Le Lay dans une intervention dont News Tank reproduit l’essentiel du propos.


2017 : 202 M€

2018 : 198 M€

2019 : 192 M€

2020 : 177 M€

2021 : 200 M€

2022 : 205 M€

2023 : 205 M€

2024 : 227 M€

2025 : 189 M€

2026 : 183 M€

« France Télévisions est un acteur irremplaçable de la médiatisation du sport en France »

Propos liminaire. « France Télévisions doit aujourd’hui faire autant, sinon plus, avec moins de moyens »

Laurent-Eric Le Lay, le 22/01/2026 - ©  D.R.
Depuis que j’ai rejoint France Télévisions Activité : groupe audiovisuel public français Création : 2000 Actionnariat : propriété de l’État français Présidente : Delphine Ernotte Cunci (depuis le 22/08/2015) Directeur général des… , je suis animé par une certitude profonde qu’il existe dans le sport des enjeux que le marché seul ne peut ni assumer ni réguler. Le service public a un rôle irremplaçable à jouer pour en garantir l’équilibre, l’accessibilité et la diversité. Cette certitude se traduit par trois convictions fortes qui structurent l’action de France Télévisions en matière de sport.

La première est que le sport n’est pas un contenu comme les autres. Il est un levier d’inspiration. Le sport est un fait social majeur. Il structure les imaginaires collectifs, il irrigue les territoires, il crée du lien là où la société se fragmente. Le sport demeure l’un des rares moments de communion collective vécu simultanément par des millions de citoyens quel que soit leur âge, leur origine sociale. En 2025, plus de 56 millions de Français ont regardé du sport sur France Télévisions.

Le sport relève également d’un enjeu de santé publique. De nombreuses études montrent que la pratique sportive recule à l’adolescence, en particulier chez les jeunes filles. Le rôle du service public est de donner des repères, de valoriser des modèles et de contribuer à maintenir le lien avec la pratique sportive.

Ma deuxième conviction est que sans le service public, une partie du sport français serait invisible. C’est parce que nous proposons des événements fédérateurs et rassembleurs que nous pouvons offrir une reconnaissance nationale à des compétitions moins connues. La diffusion de grands événements sportifs fédère un public très large et constitue un levier d’audience essentiel pour le service public. Mais ces temps forts nous permettent d’entraîner dans leur sillage des compétitions moins médiatisées et de leur offrir une visibilité et ainsi de permettre leur développement.

Comment faire connaître le Tournoi des 6 Nations féminin sans le masculin ? Le Tour de France femmes sans le Tour de France hommes ? Les Jeux Paralympiques sans les Jeux Olympiques ? Cette logique de complémentarité entre événements majeurs et disciplines moins exposées est au cœur de notre mission de service public. La puissance de la diffusion des uns permet la promotion et le développement des autres.

France Télévisions diffuse 1 000 à 1 500 heures de sport par an sur ses antennes nationales

France Télévisions diffuse 1 000 à 1 500 heures de sport par an sur ses antennes nationales. En région, c’est de 400 à 800 heures. Nous comptons plusieurs milliers d’heures sur notre plateforme. De plus, France TV propose un magazine quotidien dédié au sport sur France 3 (Stade 2 la quotidienne). Nos antennes donnent de la visibilité à plus de 80 disciplines différentes chaque année. Le rôle du service public est de faire exister médiatiquement des compétitions, des disciplines et des formats que le marché seul ne rendrait pas visible.

Ma troisième conviction est que les grands rendez-vous sportifs qui font partie de notre patrimoine commun ne peuvent être réservés aux seules personnes ayant les moyens de payer pour les visionner. À l’échelle mondiale, nous assistons à un mouvement très clair : la privatisation progressive de l’accès au sport au profit d’acteurs payants globaux, technologiquement puissants mais indifférents aux enjeux de cohésion nationale, d’aménagement du territoire ou d’égalité d’accès.

Partout dans le monde, les droits sportifs basculent vers des plateformes payantes et souvent étrangères. En France, le mouvement est déjà visible. La Ligue des champions féminine est visible sur Disney+. Les sessions nocturnes de Roland-Garros sont proposées sur Prime Video. Une large part du football et de la Formule 1 est désormais uniquement accessible via Canal+. Aux États-Unis, cette dynamique est encore plus marquée. La NBA National Basketball Association, Ligue professionnelle nord-américaine de basketball. et la NFL National Football League, Ligue professionnelle US de football américain ont noué des accords majeurs avec Amazon, la Coupe du monde féminine sera diffusée sur Netflix, la Formule 1 va basculer sur Apple TV.

Dans ce contexte, France Télévisions reste l’espace où le sport demeure un bien commun, accessible gratuitement. Roland-Garros, le Tour de France, les grandes compétitions internationales de rugby, les JOP Jeux Olympiques et Paralympiques  : tout cela fait partie de notre patrimoine commun. Il est de la responsabilité du service public que ces compétitions demeurent accessibles à tous sans condition de revenu, d’abonnement ou d’équipement. Cette action s’inscrit dans un contexte que nous ne pouvons ignorer qui est celui d’un effort budgétaire important demandé à l’audiovisuel public dans un cadre général de redressement des finances publiques.

France Télévisions doit aujourd’hui faire autant, sinon plus, avec moins de moyens. Le coût des droits sportifs augmente, les exigences techniques s’intensifient, les usages évoluent vers le numérique. Mais nos ressources se contractent. Cela nous force à prendre des décisions extrêmement difficiles. Je pense notamment aux matches du Tournoi des 6 Nations 2026 que nous avons récemment dû sous-licencier à TF1. Je ne souhaite à aucun directeur des sports d’avoir à prendre ce type de décision. Chaque décision est arbitrée avec responsabilité mais jamais au détriment de notre mission fondamentale : préserver autant que possible un accès large, simple et universel au sport pour l’ensemble des Français.

France Télévisions n’est pas le seul média qui diffuse du sport. Mais France Télévisions est un acteur irremplaçable de la médiatisation du sport en France. Malgré les contraintes financières, la volonté des équipes de la direction des sports est intacte. Nous ne faisons pas tout mais nous faisons beaucoup. Être au service du sport en France est une responsabilité que nous assumons dans un esprit de service public, de transparence et de fidélité pour les Français qui nous regardent.

Sur une nouvelle cession de droits sportifs. « Nous n’avons pas prévu de revendre d’autres droits sportifs à ce stade pour 2026 »

Nous n’avons pas prévu de revendre d’autres droits sportifs à ce stade pour 2026. Nous savons que le Tournoi des 6 Nations est un droit qui intéresse d’autres diffuseurs. Nous avions, pour cette année, une logique éditoriale à sous-licencier quelques matches puisque la plupart des matches sous-licenciés ont lieu pendant les Jeux Olympiques d’hiver que nous diffusons. C’était une occasion opportune d’expliquer à notre public que nous allions privilégier les JO. Le Tournoi faisant partie des événements d’importance majeure, nos choix de revente étaient essentiellement tournés vers les grandes chaînes en clair. Le groupe TF1 s’est montré le plus intéressé.

La baisse des moyens de France TV ne date pas de cette année. Nous revisitons l’ensemble de nos dispositifs de production que nous déployons à l’occasion des événements. Nous prenons souvent la décision de commenter sur place, au siège de France Télévisions, un certain nombre d’événements. C’est un ensemble de petites décisions que nous prenons tout au long de l’année pour limiter les coûts.

La technologie devrait nous permettre, petit à petit, de pouvoir faire des gains de productivité. Nous avons, pour la première fois en 2025, réalisé la course Paris-Tours en remote production. La réalisation est effectuée depuis une des régies du siège de France Télévisions au lieu d’envoyer un car sur place. Nous comptons beaucoup sur les progrès technologiques à venir pour économiser des moyens.

Est-ce nous devons toujours mettre autant de caméras sur les événements que nous diffusons ? Les événements produits répondent souvent à un cahier des charges demandé par celui qui nous fait confiance pour les produire. C’est aussi un travail à faire avec les organisateurs pour leur montrer que nous pouvons toujours avoir un aussi beau spectacle avec moins de caméras. Nous faisons des choix. Nous essayons qu’ils soient le moins visibles pour le téléspectateur.

Sur le coût des Jeux de Paris 2024 Comité d’Organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. . « La question de rentabilité des droits sportifs acquis par un groupe public ou privé est permanente »

Les JOP de Paris 2024 sont un événement au-delà du sport. Nous l’avons traité dès le départ comme un événement national qui devait être une préoccupation de la quasi-totalité des départements de France Télévisions. Nous l’avons fait vivre de plein de manières différentes.

Nous n’avons pas simplement diffusé l’événement. Beaucoup de programmes ont été retransmis avant les Jeux. Une émission quotidienne a été produite (« Aux Jeux Citoyens »), des opérations sur le numérique ont été mises en place. Ce sont autant d’opportunités de recettes publicitaires parce que nous pouvions commercialiser auprès d’annonceurs un ensemble de dispositifs. Il y a eu un niveau de recettes publicitaires spécifiques liées aux Jeux qui est considérable.

La question de rentabilité des droits sportifs acquis par un groupe public ou privé est permanente. Nous développons toujours des recettes directes mais nous pouvons aussi développer des recettes indirectes. Nous pouvons vendre des packages publicitaires et positionner de la publicité sur d’autres événements. Nous pouvons mieux vendre d’autres événements sportifs parce que nous avons un événement puissant.

Sur les autres économies à réaliser sur le sport. « Si nous n’avons plus d’argent pour financer nos droits, nous ne pouvons plus faire notre mission de service public »

Nous allons tout faire pour garder nos droits sportifs. Nous ne sommes pas dans la surenchère pour prendre les droits de grandes compétitions qui ne sont pas diffusées par France Télévisions. Nous n’allons pas surenchérir pour avoir la Coupe du monde ou l’Euro de football. Ce ne serait pas crédible. Nous n’avons pas les moyens pour le faire et ce n’est pas notre politique. En revanche, nous essayons de garder les droits que nous avons : les JO, le 6 Nations, Roland-Garros, etc. J’espère sincèrement, appel d’offres après appel d’offres, que nous arriverons à trouver avec les organisateurs de ces événements les conditions d’une collaboration qui puisse se poursuivre.

France TV a beaucoup d’arguments à faire valoir en termes d’exposition

Même si nous ne sommes peut-être pas le meilleur parti d’un point de vue financier dans le paysage audiovisuel français, France TV a beaucoup d’arguments à faire valoir en termes d’exposition. Pour Roland-Garros, la force de France Télévisions est de démarrer la diffusion du tournoi à 11 heures dès le premier jour. Nous essayons aussi d’augmenter la valeur pour nous et l’organisateur. Nous diffusons par exemple la semaine de qualifications de Roland-Garros depuis 2025.

Pour la Coupe de France de football, nous avons fait une proposition dans le cadre d’un appel d’offres. Cette proposition était en baisse par rapport au contrat précédent. Elle n’a donc pas été acceptée par la Fédération Française de Football. Nous sommes en discussion pour savoir comment nous pouvons continuer notre partenariat. Nous avons clairement moins du budget qu’avant pour pouvoir financer ce droit. C’est aussi dans les mains de la FFF Fédération Française de Football de faire ses propres arbitrages. Ce sera plus dur qu’avant.

Si nous n’avons plus d’argent pour financer nos droits, nous ne pouvons plus faire notre mission de service public. Ces événements ne seront pas forcément diffusés chez les autres diffuseurs en clair. Le risque est qu’ils aillent chez des diffuseurs payants. C’est une crainte.

Sur la possibilité de diffuser la Ligue 1 McDonald’s Appellation du Championnat de France de football de première division sur le cycle 2024-2027 (30 M€ par saison) en clair. « Placer la Ligue 1 sur la liste des événements d’importance majeure effondrerait le prix des droits »

La diffusion en direct des matches du Championnat de France est arrivée avec les chaînes de télévision payante. Le prix des droits est arrivé à un niveau tel qu’il n’est pas possible pour une chaîne en clair, privée ou publique, de financer tout ou partie de ces droits.

Placer la Ligue 1 sur la liste des événements d’importance majeure effondrerait le prix des droits. Tous les matches ne sont pas capables de générer de fortes audiences. Beaucoup de matches ne seraient pas diffusés sur les chaînes principales. L’argent pour les chaînes en clair serait beaucoup trop faible. Nous ne sommes pas capables de générer de la valeur comme les chaînes payantes peuvent le faire.

La crise liée à la Ligue 1 est structurelle. La Ligue doit retrouver un partenaire puissant qui va la faire grandir. Elle a pour le moment fait le choix courageux de lancer une chaîne. Rendre les matches accessibles gratuitement ne réglera pas les problèmes financiers.

Laurent-Eric Le Lay Directeur des Sports @ France Télévisions
Formation : • Master spécialisé média, ESCP, 1990 • DESS Management & Finance Masters 2 « Assas Finance », Université Panthéon Assas (Paris II)…
, directeur des sports de France Télévisions, devant la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public de l'Assemblée nationale • L’Assemblée nationale forme, avec le Sénat, le Parlement de la Ve République française.• Son rôle principal est de débattre, d’amender et de voter les lois.• Elle siège au Palais Bourbon (Paris VII… , le 22/01/2026

Laurent-Eric Le Lay


Formation :

• Master spécialisé média, ESCP, 1990

• DESS Management & Finance Masters 2 « Assas Finance », Université Panthéon Assas (Paris II), 1989

• Masters 1 in Economics and Management, Université Panthéon Assas (Paris II), 1984-1988


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Fiche n° 1596, créée le 07/02/2014 à 12:44 - MàJ le 22/01/2026 à 14:16

France Télévisions

Activité : groupe audiovisuel public français
Création : 2000
Actionnariat : propriété de l’État français
Présidente : Delphine Ernotte Cunci (depuis le 22/08/2015)
Directeur général des antennes et des programmes : Stéphane Sitbon-Gomez
Directeur des sports : Laurent-Eric Le Lay
Chiffre d’affaires (2024) : 3,295 Md€
Résultat net (2024) : 2,4 M€

Principaux droits TV sportifs dont évènements d’importance majeure :
• Jeux Olympiques
(été et hiver, jusqu’en 2032)
• Jeux Paralympiques de Paris 2024, Jeux Paralympiques de Milan-Cortina 2026
• Rugby : Tournoi des 6 Nations masculin et féminin (intégralité, jusqu’en 2029), Coupes d’Europe (un match par journée de Challenge Cup et deux de Champions Cup jusqu’en 2029-30), tournées d’automne du XV de France (jusqu’en 2022) et des matches de l’Equipe de France Féminine (jusqu’en 2021), finale du Top 14 (jusqu’en 2027), Coupe du monde 2023 (10 matches)
Football : Coupes de France masculine et féminine (2014-2026), matches de l’équipe de France féminine (hors Coupe du monde et Euro, 2023-2027)
• Cyclisme : compétitions d’Amaury Sport Organisation dont le Tour de France et Paris-Roubaix jusqu’en 2030
Athlétisme : Championnats du monde jusqu’en 2029
• Tennis : Roland-Garros jusqu’en 2027


Catégorie : Médias
Entité(s) affiliée(s) : France Télévisions Publicité


Adresse du siège

7 Esplanade Henri de France
75015 Paris France


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Fiche n° 1066, créée le 06/02/2014 à 18:33 - MàJ le 01/06/2026 à 17:21

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Laurent-Eric Le Lay, le 22/01/2026 - ©  D.R.